Partager l'article ! Saut à l'École des troupes aéroportées de Pau. Reportage avec des « bleus » du 1er RCP de Pamiers: [PORTFOLIO] Les images du reporta ...

C'est le grand moment pour tout chasseur parachutiste. « Passer la porte », comme ils disent. Assurer pour la première fois ce petit pas, qui sépare le sol finalement ferme et rassurant d'un Transall, du grand vide qui s'ouvre à lui.
La lumière est rouge, puis verte. Le largueur crie « Go ! », et il faut y aller. À l'École des troupes aéroportées de Pau (Etap), par où passent tous les apprentis paras de France, la chose pourrait s'apparenter à une routine. Mais pour ces jeunes engagés, 19 à 20 ans de moyenne d'âge, aux visages de gamins pour beaucoup, trois mois de service en tout et pour tout, le grand saut prend une toute autre signification.
C'est pour cela qu'ils sont largement préparés, une semaine avant, afin d'assurer le jour J. Le mois dernier, ce sont de tout jeunes militaires du premier régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers qui étaient à la manoeuvre. La veille du premier saut, ils répétaient encore, sur les différents agrès que compte l'Etap, tous les gestes qu'ils avaient appris dans la semaine, et qu'ils devraient savoir reproduire en vrai le lendemain.
Le « drill » ou la répétition
Visages concentrés, ils sont suspendus à des harnais, mais à un mètre du sol, ou encore les pieds accrochés à un câble du haut d'une plateforme de 11 mètres, de laquelle ils devront sauter pour simuler l'atterrissage.
À chaque fois, un instructeur leur montre les gestes, et répète des phrases de sécurité tels des mantras, au point qu'ils en connaissent tous le dernier mot, qu'ils lancent en choeur comme un refrain.
Les militaires appellent cela le « drill », terminologie allemande qui désigne la répétition méthodique et acharnée de gestes afin de les assimiler complètement. Ailleurs, on pourrait parler de bourrage de crâne...
Mais pour l'adjudant-chef Philippe Braun, commandant de la promotion qui comprend une centaine d'élèves venus de Pamiers, mais aussi du 35e RAP de Tarbes, « la règle, c'est la sécurité. Tout doit devenir un automatisme une sorte de rituel. »
Ici, ils apprennent la base du parachutisme militaire : l'ouverture en automatique. Soit ces longues lignes de champignons qui s'ouvrent dans le ciel au passage d'un avion. Pas de chute libre, pas le choix dans l'atterrissage. On passe la porte à la queue leu leu, et les 72 mètres carrés se déploient, avant d'atterrir, cinquante secondes plus tard et 400 mètres plus bas.
Car, loin des sensations fortes du parachutisme sportif, il s'agit d'être prêt à intervenir le plus vite possible sur un terrain opérationnel donné.
Hésitations
Y a t-il régulièrement des refus de saut, au moment fatidique ? Ils sont rarissimes, selon l'adjudant-chef Braun. « Celui qui ne peut pas, on le fait reculer, et on lui repropose. » S'il ne veut décidément pas, ç'en sera fini de sa carrière de para. Un quadragénaire, tombé par les hasards du piston dans un régiment parachutiste lors de son service voici plus de vingt ans, raconte pourtant la poussée du largueur pour aider celui qui hésitait à franchir la porte...
En l'occurrence pour cette promotion, aucun n'aura finalement reculé au moment fatidique, un jeudi de grand beau temps de la fin novembre. Car les temps ont changé, et ceux qui passent par Pau, la « maison mère » des paras français, sont tous volontaires. « Avant mon premier saut, je me demandais si tout se passerait comme on nous l'avait appris, et si je saurais tout appliquer. Au moment de me lever de mon siège, j'avais envie de pleurer tellement j'étais ému. Depuis, je suis accro », raconte par exemple le soldat Franck Cuvelier, nouvel engagé, après son premier saut et à quelques minutes... de son second, trois jours plus tard.
Son collègue Kevin Ferran parle aussi de la « poussée d'adrénaline » du départ, d'autres de « la fierté » à l'arrivée, ou de cette envie de « sortir le plus vite possible » après les longues minutes d'attente, en rang puis en l'air.
Pas de peur, ni d'appréhension dans leur bouche. L'adjudant Laurent Brognara, instructeur à l'Etap y voit « l'effet de groupe. L'appréhension, on l'a toujours, même chez les instructeurs. C'est celui qui dit qu'il n'en a pas qui a un problème. »
Et il a même noté deux ou trois hésitations lors de ce premier exercice. « Mais ce n'est finalement pas ce saut-là qui compte. Plutôt le deuxième. Pour celui-là, j'en vois déjà qui sont moins fiers », dit l'instructeur dans un sourire.
« Adrénaline »
Effectivement, parmi les plus jeunes interrogés au matin du second saut, certains reconnaissent « un peu plus de pression ». Il faut dire que cette fois, ils savent finalement ce qui les attend.
Faut-il voir comme une inquiétude dans ces mines concentrées dans les rangs, au moment de monter dans le Transall ? Selon ceux qui « l'ont fait », c'est dans les yeux, au moment où l'avion approche de la zone de largage, qu'on peut surtout la lire.
En bas, une fois le deuxième saut effectué, les voiles sommairement pliées, la piste de Wright traversée au pas de course et le matériel méticuleusement contrôlé par les instructeurs, on voit surtout des jeunes hommes (il y a aussi quelques filles) réjouis, réunis autour d'une cigarette et ne parlant que de ces cinquante secondes qu'ils viennent de vivre.
Cinquante secondes qu'ils seront appelés à reproduire des dizaines de fois pourtant.
---
La « maison mère » des parachutistes
Elle existe depuis 1947, et beaucoup expliquent son implantation à Pau non seulement pour le vieux passé d'aviation de la ville, mais aussi en raison d'un climat plutôt clément, peu venteux, et donc propice aux sauts en parachute. Car s'ils sont réputés intrépides, les parachutistes ne peuvent pas sauter dans toutes les conditions. Surtout lorsqu'ils débutent. Pour les premiers sauts par exemple, la vitesse du vent doit être limitée à 4 mètres par seconde. Après, la formation, qui se déroule sur neuf jours, se corse davantage, avec notamment un saut de nuit, puis avec un équipement total de 40 kilos. Ce n'est qu'après avoir passé toutes ces étapes que le jeune engagé reçoit son « brevet parachutiste » à l'insigne d'argent.
Tous les paras de l'armée française viennent apprendre à sauter ici. Chaque année, l'école paloise, qui emploie 400 personnes, militaires et civils, reçoit 4 000 stagiaires. Qu'ils soient de futurs « bérets rouges » de l'armée de terre, mais aussi venus d'autres armes, comme la gendarmerie par exemple, ou encore étrangers.
L'ETAP, que commande actuellement le lieutenant-colonel Ozanne, est donc la référence dans le milieu. Et malgré ses plus de 40 000 sauts annuels, elle affiche un taux d'accidents infinitésimal. S'ils sauteront régulièrement dans leur unité, les militaires peuvent aussi se perfectionner à Pau, dans des disciplines plus techniques, comme les sauts en ouverture retardée, par exemple, qui permettent de diriger la voile et de choisir son atterrissage.
Derniers Commentaires