
Pour le grand public, ils sont «les hommes en noir». Ceux qui sont intervenus pour libérer les otages du Ponant, du Carré d'As et du Tanit. Qui sont ces soldats sans visage, qui interviennent quand rien ne va plus? Réponse à Lorient, au coeur des commandos marine.
C'est un léger vrombissement. Deux petits points noirs qui glissent et rebondissent à la surface de l'eau. Qui s'arrachent péniblement
du cocon gris d'une triste soirée de mai. La houle s'est levée et ride méchamment la rade de Brest. Ces petits points noirs, ce sont deux Futura: des canots pneumatiques des forces spéciales. La
«mobylette» des commandos marine. Deux équipes qui foncent plein pot vers le goulet. Sur leur gauche, la large balafre de béton et de métal de l'Ile Longue, la base des sous-marins équipés de
missiles nucléaires. À droite, émergeant de la végétation, le phare rouge du Portzic. Plus loin, la pointe du Minou, noyée dans un halo gris. Et enfin, la pointe Saint-Mathieu. Le large. Il est
22h15. Au milieu de nulle part, dix commandos ballottés par les flots ont rendez-vous avec... l'Histoire? Pas cette fois-ci. Juste l'Eglantine, un navire école de la Marine nationale. L'exercice
a débuté deux heures plus tôt. Cent vingt minutes de tape-fesses à encaisser des paquets de mer. Une bagatelle pour ces hommes habitués à bien pire: six, huit, dix heures, cramponnés aux boudins,
à lutter contre les éléments. Et au final, une mission à remplir. Sans droit à l'erreur. Sans renforts.
Sous la camionnette, une bombe
Minuit. Baie de Douarnenez. L'Eglantine redépose les deux canots sur l'eau. C'est reparti pour trente minutes de course vers la côte. Un dernier râle et les moteurs se taisent. Les commandos
s'équipent en silence. Visage noirci, micro plaqué sur la bouche, arme en bandoulière et appareil de vision nocturne ajusté sur le front, huit palmeurs se glissent dans une eau à onze degrés.
Trente minutes de nage, sur le dos, accrochés à leur sac, et un objectif: reconnaître les lieux, repérer le meilleur endroit pour accoster. Une heure plus tard: un signal infrarouge en guise de
feu vert. En cette nuit de pleine lune, les commandos rasent les talus. Étrange spectacle que cette course d'une heure, à petites enjambées pour écraser le moindre bruit, par étapes, jusqu'à un
parking. Sous une camionnette de la Marine, qui symbolise l'antenne relais appartenant à des rebelles: du plastic, un explosif. Les alentours sont également piégés. Autour des deux poseurs de
bombe, six de leurs compagnons quadrillent la zone, prêts à neutraliser d'éventuels arrivants. 3h35. Un bruit de tous les diables. Celui des Futura lancés contre les murs de déferlantes qui
rossent la plage. Ça passe. Puis à nouveau, le silence. Pour donner le coup de grâce: une grosse télécommande. Une pression pour un grand boum, virtuel. Opération réussie.
Une demi-heure pour «dormir»
4h20. Il fait 7 degrés. Dix paires de fesses blanches luisent dans la lumière blafarde du petit port de Morgat. Quelques minutes pour se changer, et engloutir quelques bananes. 5h. Départ, en
camion et voiture, pour Lorient, où l'équipe arrivera vers 6h30. À la clé, une petite demi-heure de «sommeil», avant de reprendre du service. Ainsi va la vie de commando. Pâle aperçu, sans les
mots pour dire le froid qui fige les doigts, les vêtements poisseux et le sel qui collent à la peau, et la fatigue qui plombe chaque mouvement. «Même nos familles ont du mal à imaginer ce que
nous faisons, confie le capitaine de corvette LaurentM., 35 ans, chef du commando De Penfentenyo. Ce qu'elles retiennent c'est que... c'est dur». «En plus de ce type d'exercice, une ou deux nuits
par semaine, tous les jours, on apprend. On répète des procédures, on acquiert des réflexes. On s'entraîne au tir, à l'escalade, au close-combat...», rapporte BenjaminR., 23 ans, quartier-maître.
Et120jours en moyenne par an, de vraies missions, «loin de Lorient». Une fois de retour, certaines s'affichent en photos sur les murs des unités: Bosnie, Rwanda, Kosovo, Afghanistan...
Une seule balle
Le commando, c'est «le couteau suisse des armées». Tout aussi bien capable d'intervenir sur une prise d'otages à bord d'un bateau, que d'effectuer une «ouverture de portes» (préparer l'arrivée
des forces classiques), extraire des ressortissants, pister et intercepter des narcotrafiquants... Ces hommes d'élite sont aussi les crocs que la France montre, quand une situation tendue menace
de dégénérer. «Un commando, c'est quelqu'un qui sait s'adapter vite, à tout, loin de tout, et qui sait anticiper intelligemment», résume le patron de la Force des fusiliers-marins et commandos,
le contre-amiral MarinGillier. Pas de place pour un fou de la gâchette. «On nous demande, au contraire, d'avoir une maîtrise parfaite de la violence, témoigne le capitaine de corvette Laurent M..
On nous utilise d'abord pour apaiser, pour faire baisser le niveau de crise et de menace». Quand il a fallu stopper net l'un des trois véhicules des pirates du Ponant, sur une piste somalienne,
en avril2008, une seule balle de 12,7mm a suffi. L'homme en noir qui a fait feu? Un commando lorientais.
Par Hervé Chambonnière http://www.letelegramme.com




pouvaient passer une semaine sans manger et en ayant froid, ça ne leur pesait pas
psychologiquement. Aujourd'hui, les jeunes sont très forts à la Game boy et s'adaptent vite à nos appareils électroniques. Notre mission est de les endurcir physiquement». Les qualités mentales
indispensables pour devenir un commando? «La qualité essentielle est la volonté. On l'a vu pour Bertrand Gaullier des Bordes dans la transat RamesGuyane, c'est un homme d'une volonté
exceptionnelle. Dans nos stages, les choses sont physiquement difficiles, mais il y a surtout une très forte pression psychologique pendant neuf semaines. Quand on a peur, qu'on est loin, sans
repères, qu'on a faim et froid, il faut arriver à puiser dans ses ressources personnelles pour bien analyser la situation et la mettre en oeuvre sur la durée». «En général, les jeunes que nous
recrutons ont une soif de s'engager. Ils veulent défendre de nobles causes et ont envie d'action. Tout le parcours qu'on va leur faire suivre va les aider à prendre du recul. Dans les forces
spéciales, on donne au subordonné le cadre dans lequel il doit agir avec des limites strictes. ?? l'intérieur de ce cadre, il y a un espace de liberté où il se fait sa propre analyse des
circonstances et des contingences. Il faut avoir l'intelligence de la situation. C'est un processus qui prend des années».
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